Combien gagnent vraiment les patrons du CAC 40 ? Les réponses qu’on trouve mélangent souvent salaire fixe, bonus, actions et patrimoine, au point de rendre la comparaison trompeuse. Sur le salaire des patrons du CAC 40, l’hésitation vient surtout de là : parle-t-on d’un revenu annuel voté en assemblée générale, d’actions attribuées, ou de la fortune liée au capital détenu ? Si vous vous arrêtez à un chiffre isolé, vous risquez de comparer des choses qui n’ont tout simplement pas le même sens.
Sommaire
L’essentiel à retenir :
- Au titre de l’exercice 2024, la rémunération totale moyenne d’un dirigeant exécutif du CAC 40 atteint 6,5 millions d’euros, en baisse de 9 % sur un an.
- La rémunération médiane atteint 5,6 millions d’euros, en hausse de 5 % : la moitié des dirigeants gagne donc plus que ce montant, ce qui montre que la moyenne ne raconte pas toute l’histoire.
- Ce total ne correspond pas au seul fixe : il additionne le salaire fixe, le bonus, les options, les actions, les indemnités de départ et les primes de bienvenue attribués au titre de l’exercice.
- Le plus haut montant cité pour 2024 est celui de Francesco Milleri chez EssilorLuxottica, avec 23,1 millions d’euros ; Patrick Pouyanné atteint 10,6 millions d’euros chez TotalEnergies.
- Le plafond public de 450 000 euros bruts annuels ne concerne pas l’ensemble du CAC 40 : il vise certains dirigeants d’entreprises entrant dans le champ du contrôle de l’État.
Combien gagne en moyenne un patron du CAC 40 ?
La réponse courte tient en un chiffre, mais il faut le lire correctement. La rémunération totale moyenne des présidents exécutifs du CAC 40 s’établit à 6,5 millions d’euros au titre de l’exercice 2024. Proxinvest indique aussi une baisse de 9 % par rapport à 2023.
Ce point est capital, parce que beaucoup de contenus parlent de « salaire » alors qu’il s’agit en réalité d’une rémunération globale. On n’est donc pas face à un simple fixe mensuel multiplié par douze. Le chiffre de 6,5 millions d’euros agrège plusieurs briques, parfois très volatiles d’une année sur l’autre. C’est pour cela qu’un dirigeant peut paraître « moins payé » une année, alors que son fixe n’a presque pas bougé.
Pourquoi 6,5 millions ne disent pas tout ?
La moyenne impressionne, mais la médiane éclaire mieux le niveau « typique ». Pour 2024, la rémunération médiane atteint 5,6 millions d’euros, en hausse de 5 %. Cela signifie que la moitié des dirigeants du CAC 40 gagne plus que 5,6 millions d’euros par an.
Ce décalage entre moyenne et médiane raconte quelque chose de simple. Quelques très gros montants tirent la moyenne vers le haut, mais même sans eux, le niveau central reste extrêmement élevé. Autrement dit, la baisse de la moyenne ne veut pas dire que la rémunération des grands dirigeants s’est tassée partout. Elle peut baisser parce qu’un ou deux paquets de rémunération hors norme ont disparu, pendant que le cœur du marché monte encore.
Le baromètre va dans ce sens. Il relève aussi que 26 dirigeants dépassent la « rémunération maximale socialement acceptable » fixée par Proxinvest à 5,7 millions d’euros, contre 22 l’année précédente. Le sujet n’est donc pas seulement celui des records individuels, mais bien celui d’un niveau général très haut.
| Indicateur | Valeur | Ce que cela dit |
|---|---|---|
| Rémunération moyenne 2024 | 6,5 millions d’euros | Niveau moyen de rémunération totale des présidents exécutifs du CAC 40 |
| Évolution annuelle | -9 % | La moyenne recule par rapport à 2023 |
| Rémunération médiane 2024 | 5,6 millions d’euros | La moitié des dirigeants gagne plus que ce montant |
| Évolution de la médiane | +5 % | Le niveau central progresse malgré la baisse de la moyenne |
| Dirigeants au-dessus de 5,7 M€ | 26 | Le nombre de rémunérations très élevées augmente |
De quoi se compose réellement cette rémunération ?
La rémunération totale d’un patron du CAC 40 additionne plusieurs éléments attribués au titre d’un exercice. La Tribune rappelle, à partir de la méthodologie Proxinvest, qu’on y trouve le salaire fixe, le bonus, les options, les actions, les indemnités de départ et les primes de bienvenue. C’est ce mélange qui fait exploser l’écart entre un fixe qui paraît déjà très haut et un total annuel qui peut le multiplier plusieurs fois.
La part en actions pèse lourd. Zonebourse l’illustre bien avec les politiques de long terme de certains groupes, en particulier dans la technologie ou les entreprises qui ont adopté des pratiques proches des standards américains. Quand une entreprise attribue un gros volume d’actions de performance, l’année devient atypique. D’où des classements qui bougent fortement sans que le poste, la taille du groupe ou les responsabilités aient changé dans la même proportion.
Il faut aussi séparer rémunération et patrimoine. Bernard Arnault, par exemple, peut apparaître avec une rémunération annuelle de dirigeant bien inférieure à sa fortune personnelle. Sa richesse vient d’abord de la détention du capital de LVMH, pas de sa seule rémunération votée en assemblée générale. C’est la même distinction qu’il faut garder en tête quand on consulte la liste des entreprises du CAC 40 : diriger un groupe coté et posséder une part importante de son capital sont deux réalités financières très différentes.
Qui sont les dirigeants les plus payés ?
Les écarts internes sont considérables. Pour l’exercice 2024, Francesco Milleri, chez EssilorLuxottica, arrive en tête avec 23,1 millions d’euros. Derrière lui, on trouve Cyrille Bolloré à 15,7 millions d’euros et Pascal Daloz chez Dassault Systèmes à 15,5 millions d’euros. Patrick Pouyanné se situe à 10,6 millions d’euros chez TotalEnergies.
Ces montants ont une conséquence pratique pour le lecteur : ils rendent les comparaisons rapides très fragiles. Entre un patron-fondateur, un dirigeant salarié, un nouveau venu bénéficiant d’une prime de bienvenue et un manager rémunéré surtout en actions de performance, vous ne comparez pas des paquets équivalents. C’est aussi pour cela qu’un classement brut est utile, mais insuffisant. Si vous suivez les grands groupes français, vous pouvez le rapprocher de l’identité des dirigeants du CAC 40 pour comprendre qui cumule pouvoir exécutif, ancienneté et poids capitalistique.
Autre détail souvent passé sous silence : un très haut montant une année ne devient pas automatiquement une norme durable. En 2023, Bernard Charlès dominait le classement avec 46,8 millions d’euros, un niveau hors norme dans le paysage français. L’année suivante, le classement est déjà bouleversé. Sur ces sujets, il faut donc regarder l’exercice concerné, pas empiler des records pris à des dates différentes.
Les écarts avec les salariés sont-ils vraiment de 95 fois ?
Oui, cet ordre de grandeur existe, mais il dépend beaucoup de la méthode retenue. Google met en avant un écart d’environ 95 fois. On trouve aussi un ratio de 89 fois pour 2022 dans des publications reprenant le rapport Proxinvest. Et Zonebourse, avec son propre calcul, obtenait en 2021 une moyenne de 60 hors actions et de 117 fois en intégrant les rémunérations en actions, avec une médiane à 78.
Pourquoi autant d’écarts ? Parce qu’on ne compare pas toujours la même chose. Certaines entreprises publient un ratio d’équité fondé sur la rémunération moyenne ou médiane des salariés. D’autres analystes reconstruisent un salaire moyen théorique à partir de la masse salariale consolidée divisée par les effectifs. Le périmètre peut aussi changer : société cotée seule, groupe plus large, salariés en France, salariés mondiaux, inclusion ou non des prestataires.
C’est le vrai point de vigilance. Un ratio n’est utile que si l’on sait comment il est construit. Les sociétés de droit étranger, comme Airbus, ArcelorMittal, Stellantis ou STMicroelectronics, n’ont pas la même obligation de publication du ratio d’équité que les sociétés soumises au droit français. Du coup, mettre tous les groupes dans un seul panier produit des comparaisons spectaculaires, mais pas toujours homogènes.
Le plafond de 450 000 euros concerne-t-il le CAC 40 ?
Non, pas dans son ensemble. Le plafond de 450 000 euros bruts annuels vient du décret n° 2012-915 du 26 juillet 2012. Il vise certains dirigeants d’entreprises entrant dans le champ du contrôle de l’État. Le texte précise que les décisions ne doivent pas conduire à fixer ou approuver des rémunérations excédant ce plafond brut annuel.
La confusion est fréquente parce que quelques groupes du CAC 40 ont un lien fort avec la puissance publique, mais le CAC 40 reste un indice boursier composé majoritairement de sociétés privées. On ne peut donc pas prendre ce plafond public et le généraliser à l’ensemble des patrons de l’indice. Dire « un patron du CAC 40 est plafonné à 450 000 euros » serait simplement faux.
Cette distinction compte aussi pour l’analyse de gouvernance. Dans une entreprise publique ou fortement contrôlée, l’État peut peser directement sur le cadre de rémunération. Dans une société privée du CAC 40, le jeu passe surtout par le conseil d’administration, les comités de rémunération et le vote des actionnaires. Ce n’est pas le même levier.
Qui décide du package et qui peut le bloquer ?
Depuis mars 2017, le vote des actionnaires sur la politique de rémunération est obligatoire. Le régime du say on pay consiste à soumettre au vote de l’assemblée générale les principes et critères de la politique de rémunération. Ce vote est contraignant avant la mise en œuvre.
Ensuite vient le contrôle ex post. Le Code de commerce prévoit que, dans les sociétés cotées sur un marché réglementé, l’assemblée générale statue sur les éléments fixes, variables et exceptionnels composant la rémunération totale. Et surtout, les éléments variables ou exceptionnels ne peuvent être versés qu’après approbation par l’assemblée générale.
Dans la pratique, cela ne veut pas dire que les actionnaires réécrivent eux-mêmes le package. Ils valident ou rejettent une politique conçue par les organes de gouvernance. Mais ce vote n’est pas décoratif. Il explique pourquoi les entreprises détaillent de plus en plus finement les critères retenus, et pourquoi certains paquets très contestés font l’objet d’oppositions visibles en assemblée. Pour un actionnaire individuel, comprendre ce mécanisme aide aussi à lire correctement le poids d’une grande valeur dans l’indice, par exemple le poids de BNP Paribas dans le CAC 40, car gouvernance et valorisation finissent toujours par se rejoindre.
Questions fréquentes
Quel est le salaire du patron de LVMH ?
Pour Bernard Arnault, la matière fournie cite un montant de 3 415 932 euros dans un classement repris par un acteur privé pour l’exercice 2024. Il faut le lire comme une rémunération de dirigeant sur l’exercice, pas comme sa richesse personnelle. Dans son cas, la fortune liée à la détention du capital pèse bien davantage que la rémunération annuelle votée.
Quel est le salaire de Patrick Pouyanné ?
Le montant cité pour Patrick Pouyanné sur l’exercice 2024 est de 10,6 millions d’euros. Cela le place parmi les dirigeants les mieux rémunérés de l’indice. Là encore, il s’agit d’une rémunération totale, pas d’un simple fixe annuel.
Quel est le salaire d’un PDG chez Thales ?
Le montant repris pour Patrice Caine, dirigeant de Thales, est de 2 657 352 euros dans le classement fourni. Ce niveau reste très inférieur aux records du haut de tableau. Il rappelle qu’au sein du CAC 40, les écarts entre dirigeants se chiffrent en millions d’euros.
Quel est le salaire des grands patrons français ?
Pour les dirigeants exécutifs du CAC 40, la moyenne est de 6,5 millions d’euros et la médiane de 5,6 millions d’euros au titre de 2024. On ne peut pas étendre ce chiffre à tous les « grands patrons français », car le SBF 120 et les grandes entreprises non cotées suivent d’autres logiques. La bonne prudence consiste à garder le périmètre exact : ici, le CAC 40.
Quel est le salaire d’un directeur financier dans le CAC 40 ?
Il n’existe pas dans la matière fournie de fourchette fiable et homogène pour les directeurs financiers du CAC 40. Leur rémunération dépend beaucoup de la taille du groupe, de la part variable et des plans d’actions. Ce sujet mérite d’être traité à part, car le confondre avec la rémunération d’un président exécutif ou d’un directeur général produirait une comparaison trompeuse.
Pourquoi parle-t-on parfois de salaire et parfois de rémunération ?
Parce que le mot « salaire » est plus simple, mais il est souvent trop étroit. Pour les dirigeants cotés, la rémunération totale comprend le fixe, le variable, les actions, les options et parfois des indemnités ou une prime de bienvenue. Si vous comparez un fixe mensuel avec un package annuel global, vous ne mesurez pas la même chose.
Sources
Sources consultées le 14 octobre 2026.
Informations vérifiées à cette date ; des évolutions ultérieures sont possibles. Vérifiez auprès de la source officielle.
- CAC40 : qui sont les patrons les mieux payés ? | Zonebourse, www.zonebourse.com/actualite-bourse/CAC40-qui-sont-les-patrons-les-mieux-payes–40149596/
- Rémunération des patrons du CAC 40 : les inégalités se creusent, www.latribune.fr/article/economie/15450130878949/remuneration-des-patrons-du-cac-40-les-inegalites-se-creusent
- Combien gagne un grand patron du CAC 40 ? Quel salaire moyen ? lemagdelaconso.ouest-france.fr/dossier-2430-grand-patron-cac-40-salaire.html