Salaire d’un maire : combien selon la taille de la commune ?
Par Patrick · · 7 min de lecture

Un maire ne touche pas de traitement comme un fonctionnaire, et c’est ce qui brouille les comparaisons. Le salaire d’un maire, ou plutôt ce qui en tient lieu, varie du simple au quintuple d’une commune à l’autre, et une loi récente a rebattu une partie des plafonds. Nous détaillons la logique du barème, les montants strate par strate, ce que cache le mot « brut » et les cas où le chiffre affiché n’est pas celui perçu.
En bref.
- Le salaire d’un maire est une indemnité de fonction plafonnée : de 1 155,06 € brut par mois dans une commune de moins de 500 habitants à 5 960,26 € brut par mois à partir de 100 000 habitants.
- Le plafond se calcule en pourcentage de l’indice brut 1027 (4 110,52 € brut par mois), de 28,1 % à 145 % selon la population de la commune.
- Depuis la loi du 22 décembre 2025, les plafonds des communes de moins de 20 000 habitants ont été relevés de 4 % à 10 % ; ceux des villes plus grandes n’ont pas bougé.
- Un maire peut toucher moins que le plafond s’il le demande, mais sans demande il perçoit le montant du barème, sans délibération.
- Les montants s’entendent bruts : cotisations, CSG, CRDS et impôt sur le revenu s’y appliquent, et un cumul de mandats est plafonné.
Le salaire d’un maire existe-t-il vraiment ?
Le salaire d’un maire n’existe pas au sens juridique : l’exercice d’un mandat local est gratuit par principe (article L. 2123-17 du Code général des collectivités territoriales). Ce que le maire reçoit est une indemnité de fonction, versée en compensation des dépenses et des sujétions de la charge, et subordonnée à l’exercice effectif des fonctions. Le terme « salaire » reste pourtant celui que cherchent les internautes, et il n’est pas faux dans l’usage : l’indemnité est mensuelle et soumise à des prélèvements.
Pour un maire, l’indemnité est automatique. Elle est fixée par l’article L. 2123-23 du Code général des collectivités territoriales à un taux qui dépend de la strate de population de la commune. Le conseil municipal n’a pas à voter le montant du maire. Seule exception : le maire lui-même demande une indemnité inférieure, ce que le conseil doit alors accepter.
Combien gagne un maire selon la taille de sa commune ?
Le plafond de l’indemnité s’exprime en pourcentage de l’indice brut terminal de la fonction publique, l’indice brut 1027, qui vaut 4 110,52 € brut par mois depuis le début de 2024 et se retrouve en 2026. Voici le barème par strate, avec la valeur mensuelle et annuelle brute.
| Population de la commune | Taux de l’indice brut 1027 | Brut par mois | Brut par an |
|---|---|---|---|
| Moins de 500 habitants | 28,1 % | 1 155,06 € | 13 860,69 € |
| 500 à 999 | 44,3 % | 1 820,96 € | 21 851,55 € |
| 1 000 à 3 499 | 55,7 % | 2 289,56 € | 27 474,74 € |
| 3 500 à 9 999 | 58,3 % | 2 396,44 € | 28 757,23 € |
| 10 000 à 19 999 | 67,6 % | 2 778,71 € | 33 344,57 € |
| 20 000 à 49 999 | 90 % | 3 699,47 € | 44 393,66 € |
| 50 000 à 99 999 | 110 % | 4 521,58 € | 54 258,92 € |
| 100 000 et plus | 145 % | 5 960,26 € | 71 523,12 € |
Le calcul est simple : dans une commune de 2 000 habitants, 55,7 % de 4 110,52 € donnent 2 289,56 € brut par mois. La population retenue est la population totale du dernier recensement. Ces montants sont des plafonds, mais comme le maire les perçoit de plein droit, ce sont aussi, dans la pratique, les montants les plus courants. Le salaire d’un maire de grande ville peut en outre être majoré : jusqu’à 40 % pour les communes de plus de 100 000 habitants.
Qu’a changé la loi du 22 décembre 2025 ?
La loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d’un statut de l’élu local a revalorisé les plafonds des maires et des adjoints des communes de moins de 20 000 habitants. La hausse est dégressive : 10 % pour les communes de moins de 1 000 habitants, 8 % en dessous de 3 500, 6 % en dessous de 10 000 et 4 % en dessous de 20 000. Aucune revalorisation n’a été adoptée pour les communes de 20 000 habitants et plus, ce qui explique que le barème ci-dessus ne bouge plus à partir de 90 %.
Pour un maire dont l’indemnité résulte du barème légal, les nouveaux taux s’appliquent sans nouvelle délibération. En revanche, si le conseil municipal avait déjà fixé le montant par délibération, celle-ci reste en vigueur : obtenir le nouveau plafond suppose alors une nouvelle délibération, selon la réponse du gouvernement à une question écrite publiée en mai 2026. La loi étend aussi la dotation particulière « élu local » aux communes de moins de 3 500 habitants, contre moins de 1 000 auparavant.
Le maire touche-t-il vraiment ce montant net ?
Non : les chiffres du barème sont bruts. L’indemnité supporte les cotisations à l’Ircantec, la retraite complémentaire des élus, ainsi que la CSG et la CRDS, et elle entre dans le revenu imposable selon les règles ordinaires de l’impôt sur le revenu. Le net réellement perçu est donc sensiblement inférieur au plafond, sans qu’un pourcentage unique puisse être donné, puisqu’il dépend de la situation fiscale de l’élu.
Un autre mécanisme joue pour les élus cumulant plusieurs mandats : le total des indemnités est plafonné, à 8 897,93 € brut par mois au 1er janvier 2025 d’après la page de la direction générale des collectivités locales. Un maire qui est aussi conseiller départemental ou président d’intercommunalité peut donc percevoir moins qu’un maire qui n’exerce que ce mandat, ce que l’Association des maires de France met en avant pour expliquer les écarts entre élus. Enfin, une réduction pour absentéisme est possible, dans la limite de la moitié de l’indemnité.
Comment le conseil municipal fixe-t-il les autres indemnités ?
Le maire est le seul dont le montant est fixé de plein droit. Les adjoints et les conseillers municipaux qui reçoivent une délégation voient leur indemnité votée par le conseil, dans les limites du barème et d’une enveloppe globale. Cette enveloppe additionne l’indemnité maximale théorique du maire et celles du nombre maximal d’adjoints que la commune pourrait désigner, hors majorations. Ainsi, un conseil qui vote des indemnités aux adjoints répartit l’enveloppe sans pouvoir la dépasser.
Les élus doivent délibérer sur ces indemnités dans les trois mois suivant l’installation du conseil, d’où des votes parfois très médiatisés en début de mandat. Le maire, lui, est exclu de cette obligation. Ces règles valent aussi pour les maires de grandes villes : pour un cas concret, lisez le détail de la rémunération du maire de Nice, ou parcourez la rubrique fortunes et salaires.
Questions fréquentes
Quel est le salaire d’un maire de petite commune ?
Dans une commune de moins de 500 habitants, le plafond est de 1 155,06 € brut par mois (28,1 % de l’indice brut 1027). Entre 500 et 999 habitants, il passe à 1 820,96 € brut. Ces montants sont bruts et soumis aux cotisations et à l’impôt.
Un maire peut-il refuser son indemnité ou en toucher moins ?
Oui. Le maire peut demander une indemnité inférieure au barème, et le conseil municipal doit en prendre acte. Sans demande de sa part, il perçoit le montant du barème légal.
Le salaire de maire augmente-t-il avec l’indice de la fonction publique ?
Oui, puisque le plafond est un pourcentage de l’indice brut terminal. Cet indice est passé de 3 889,40 € brut en 2020 à 4 110,52 € en janvier 2026, et chaque hausse relève automatiquement les plafonds.
Les communes de plus de 20 000 habitants ont-elles bénéficié de la loi de 2025 ?
Non. La revalorisation de 4 % à 10 % ne concerne que les communes de moins de 20 000 habitants. Pour les strates de 20 000 habitants et plus, le plafond reste de 90 %, 110 % ou 145 % de l’indice.
Une indemnité déjà votée augmente-t-elle toute seule avec la loi ?
Pas si elle a été fixée par délibération : celle-ci reste en vigueur et il faut une nouvelle délibération pour atteindre le nouveau plafond. Si le maire était simplement au barème légal, le nouveau barème s’applique sans vote.
Sources
- Direction générale des collectivités locales, « Indemnité de fonction », https://www.collectivites-locales.gouv.fr/connaitre-les-acteurs-et-les-institutions/elus-locaux/conditions-dexercice-des-mandats-locaux/indemnite-de-fonction, consultée le 15 octobre 2026.
- Assemblée nationale, « Question écrite n° 13285 » et réponse du Gouvernement, https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE13285, consultée le 15 octobre 2026.
- Association des maires de France, « Indemnités des élus : le Bureau de l’AMF appelle à cesser les mises en cause d’élus », https://www.amf.asso.fr/documents-indemnites-elus-bureau-lamf-appelle-cesser-les-mises-en-cause-delus-alors-meme-quils-respectent-la-loi/43153, consultée le 15 octobre 2026.
- Banque des Territoires, « Création d’un statut de l’élu local : le régime indemnitaire », https://www.banquedesterritoires.fr/creation-dun-statut-de-lelu-local-le-regime-indemnitaire, consultée le 15 octobre 2026.
- Weka, « Statut de l’élu : revalorisation des indemnités de fonction des maires et adjoints au maire », https://www.weka.fr/actualite/?p=209629, consultée le 15 octobre 2026.
- LCP, « Pourquoi les maires augmentent-ils leurs indemnités dès leur entrée en fonction ? », https://lcp.fr/actualites/pourquoi-les-maires-augmentent-ils-leurs-indemnites-des-leur-entree-en-fonction-435010, consultée le 15 octobre 2026.
- Commune de Nemours, « Annexe de la délibération relative à la fixation des taux d’indemnité de fonction des élus », https://www.nemours.fr/wp-content/uploads/2026/04/D-2026-44-PJ-Indemnites-elus-2026.pdf, consultée le 15 octobre 2026.